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Angoisse de performance dans le couple : comprendre la boucle et retrouver de la sécurité

Parfois, ce n’est pas la difficulté en elle-même qui fait le plus mal… c’est ce que chacun imagine que ça signifie.

Dans un couple, une difficulté d’érection, une excitation fragile, une baisse de désir ou un orgasme difficile peuvent vite être interprétés comme un manque d’amour, un manque d’attirance, ou un signe que “quelque chose ne va plus”. Résultat : pression, quiproquos, silence… et l’angoisse de performance s’amplifie.


Même si un seul des deux corps “bloque”, la pression se fabrique souvent à deux : par des attentes (parfois implicites), des interprétations, des tentatives de rassurer maladroites, ou l’absence de repères pour faire autrement.


Dans cet article, je vous propose une lecture clinique simple et humaine : comprendre ce qui se joue dans le corps et dans la relation, repérer les normes implicites, et ouvrir des chemins de changement concrets.



L’angoisse de performance : un même mécanisme, des manifestations différentes, et souvent des quiproquos dans le couple.
L’angoisse de performance : un même mécanisme, des manifestations différentes, et souvent des quiproquos dans le couple.

Angoisse de performance en couple : de quoi parle-t-on exactement ?


On appelle angoisse de performance sexuelle (ou anxiété de performance) le fait d’entrer dans la sexualité avec un objectif de résultat : “il faut que ça marche”, “il faut que je tienne”, “il faut que je donne du plaisir”, “il faut que je jouisse”, “il faut que je sois désirant·e”.

Quand la pression s’installe, le scénario est souvent le même :

Inquiétude quant aux réactions du corpsmise hors plaisir (on se met à vérifier, anticiper, contrôler)→ inhibition des réactions attendues (érection, excitation, orgasme, désir)


Dans le couple, cette dynamique est souvent renforcée par un enjeu supplémentaire : ce que l’autre va penser, ce que cela va provoquer, ce que cela “dit” de la relation.


Il est aussi important de le rappeler : l’angoisse de performance peut toucher autant les hommes que les femmes (et, plus largement, toute personne). Elle ne se manifeste pas toujours de la même façon selon les individus, mais la mécanique de fond est souvent similaire : surveillance → tension → mise hors plaisir → inhibition.

  • Chez certains hommes, la pression se cristallise surtout autour de l’érection (peur de “ne pas y arriver”, érection instable, érection qui ne tient pas), de la “tenue”, ou de l’idée de devoir “assurer”.


  • Chez certaines femmes, elle peut se traduire davantage par une difficulté à se laisser aller, une excitation fragile, une lubrification qui varie, une pression à “réagir” ou à “jouir”, et parfois un corps qui se met en vigilance (tensions, blocage, voire douleurs).


Dans les deux cas, le corps n’est pas “défaillant” : il se met souvent en protection lorsque l’intime devient un enjeu, un test, ou une preuve à donner.



La boucle clinique : quand l’intime devient un examen


La difficulté devient rarement “juste un incident”. Elle se renforce surtout quand elle prend un sens : “ça prouve que…”.


Voici le mécanisme qui revient très souvent quand la pression s'installe dans le couple :


  1. Critères subjectifs / normes “Un rapport réussi, c’est…”, “Je dois…”, “Si ça ne marche pas, ça veut dire que…”

  2. Aspirations non rencontrées (la réalité ne correspond pas à l’attente)

  3. Sentiment d’échec (honte, frustration, impression de ne pas être “à la hauteur”)

  4. Anxiété (image de soi, réactions du/de la partenaire, anticipation de la prochaine fois)

  5. Mise hors plaisir érotique (le corps est présent, mais l’attention est ailleurs : dans le contrôle)

  6. Inhibition de la réponse sexuelle (érection instable / érection qui ne tient pas, excitation qui retombe, orgasme difficile, baisse de désir)


Et, souvent, un élément central : l’anticipation. La prochaine rencontre intime est déjà chargée… avant même d’avoir commencé.


Scripts sexuels : les normes invisibles qui mettent de la pression au couple


On ne fait pas l’amour “dans un vide culturel”. Nous portons des idées implicites — parfois très anciennes — sur ce que “devrait” être la sexualité.


Le terme scripts sexuels vient des travaux des sociologues John H. Gagnon et William Simon : il désigne les scénarios culturels et relationnels qui orientent notre manière de vivre la sexualité (ce qu’on croit “normal”, “attendu”, “réussi”…), souvent sans même s’en rendre compte.


Exemples fréquents :


  • “Un rapport sexuel comporte obligatoirement un coït / une pénétration.”

  • “L’orgasme est la preuve que c’était bien.”

  • “Un vrai homme est performant.”

  • “Le désir doit être spontané, sinon ce n’est pas du vrai désir.”

  • “Si je ne bande pas, c’est que je ne désire pas / que je ne suis pas attiré.”

  • “Si elle ne réagit pas, c’est qu’elle n’a pas envie.”


Quand ces scripts deviennent des normes rigides, la sexualité se rétrécit. Et dans le couple, cela crée souvent un effet binaire : si “ça” ne marche pas, alors “rien” ne marche.

Pourquoi cela peut s’installer dans le couple… ou se dénouer


Une difficulté ponctuelle (fatigue, stress, conflits, charge mentale, anxiété) peut rester ponctuelle… ou prendre de la place. Souvent, tout se joue dans l’interprétation et dans la manière dont le couple réagit.


Quand les normes sont rigides (et que le couple se met sous pression)


  • “Je dois être performant.”

  • “Sans érection / pénétration, ce n’est pas un rapport.”

  • “Si ça arrive, c’est grave.”

  • “Il faut régler ça vite.”


→ l’épisode devient inquiétant→ l’inquiétude augmente la tension→ la tension renforce l’inhibition→ et la boucle peut s’installer (avec évitement, peur, crispations, disputes, retrait).

Quand le couple assouplit le cadre (et réouvre des options)


  • “Le corps est variable.”

  • “Le plaisir ne se résume pas à un seul scénario.”

  • “On peut faire autrement, sans que ce soit un échec.”


→ dédramatisation→ détente→ réponse sexuelle plus disponible→ épisodes plus souvent occasionnels

En pratique : ce n’est pas seulement “ce qui se passe” qui détermine la suite, mais le sens que le couple donne à ce qui se passe.



Dans le couple : comment la pression s’installe (et comment la désamorcer)


L’angoisse de performance s’amplifie souvent parce que chacun interprète à partir de ses peurs.


Dans le couple, la pression ne se manifeste pas toujours pareil (érection, excitation, lâcher-prise)… mais souvenons-nous que le mécanisme de fond reste le même.


  • La personne qui vit la difficulté peut penser : “Je vais être jugé·e. Je ne suis pas assez. Je vais décevoir.”

  • Le/la partenaire peut penser : “Je ne lui plais plus. Il/elle ne me désire pas. Je ne compte pas.”


Alors la sexualité devient un terrain sensible : on évite, on se tait, on s’agace, on insiste… et la pression monte.


Une question très utile :

Est-ce que je projette mes propres normes dans la tête de l’autre ?

Car derrière le mécontentement, l’inquiétude ou la frustration, il y a souvent :


  • un sentiment de rejet ou d’abandon

  • une peur de ne pas être désiré·e

  • un manque d’alternatives érotiques (si le scénario habituel échoue, on ne sait plus quoi faire)

  • un climat de tension (conflit, fatigue, rancœur, insécurité)

  • une sexualité réduite à un seul chemin



Ce qui aggrave (souvent sans le vouloir)


Certaines réactions, très humaines, entretiennent la boucle :


  • Interroger à chaud : “Pourquoi ça ne marche pas ?”

  • Vouloir rassurer en mettant un objectif : “Allez, détendez-vous.”

  • Se focaliser sur le résultat : érection / pénétration / orgasme = réussite

  • Interpréter comme preuve de non-désir ou de non-amour

  • Comparer, insister, “tester”, remettre en question la relation


Plus on cherche une garantie, plus on met l’intime sous pression.

Ce qui aide vraiment : pistes concrètes pour le couple


L’objectif n’est pas de “trouver la bonne technique”, mais de changer de cadre à deux.


1) Déplacer l’objectif : du résultat vers l’expérience


Quand l’objectif est l’érection, l’orgasme ou la performance, l’attention part en contrôle.Quand l’objectif est l’expérience (respiration, contact, chaleur, rythme, plaisir progressif), l’attention revient dans le corps et dans le lien.


2) Réintroduire l’érotisme sans examen


Le corps se remet à répondre quand il se sent libre de jouer, sans être évalué. Dans le couple, cela suppose souvent d’élargir le scénario : redonner sa place aux préliminaires, au toucher, au jeu, à la sensualité, et à la possibilité de “faire autrement” sans vivre cela comme un échec.


3) Installer une sécurité relationnelle


Des phrases simples peuvent désamorcer beaucoup de pression :


  • “On n’a rien à prouver.”

  • “On peut ralentir.”

  • “On peut changer de chemin.”

  • “On reste ensemble, même si ce n’est pas comme prévu.”


4) Revenir au corps (repérer l’activation)


L’anxiété n’est pas qu’une émotion : elle s’accompagne aussi de pensées qui tournent… et surtout d’une activation dans le corps (tension, respiration plus courte, vigilance).


🎯 Revenir au corps, c’est apprendre à repérer ces signaux et à les apaiser :

Ralentir le souffle, relâcher la mâchoire, le ventre, le bassin, retrouver de l’ancrage. Cela soutient concrètement la réponse sexuelle — et aide à sortir du mode “surveillance”.



L'essentiel à retenir


L’angoisse de performance dans le couple n’est pas un défaut de désir ou une preuve d’échec. C’est souvent une réaction de protection : quand la sexualité devient un enjeu, le corps se met en vigilance… et le couple se met en interprétation.


En comprenant la boucle, en desserrant les normes, et en remettant de la sécurité dans le corps et dans le lien, il est possible de retrouver une sexualité plus libre — sans examen permanent.


Si ce que vous venez de lire résonne pour vous, sachez qu’il est possible d’avancer, à votre rythme, sans culpabiliser ni mettre l’un ou l’autre “en faute”.


Je vous reçois en consultation à Albi, à Toulouse et en visio (en individuel ou en couple).


➡️ Prendre rendez-vous / me contacter : https://www.beatricedeffromont.com/


PS : Vous pouvez aussi retrouver d’autres repères sur ma chaîne YouTube « La Voix de l’intime ».


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